Quand il est mort le poète (Gilbert Bécaud)
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Il n'y a pas de chronologie dans les textes...

même si certains ont des dates de référence ou des explications situationnelles.

ARA

( premier essai - 1957 - travail scolaire à l'âge de 10 ans)

Venu de l'Amérique centrale

Dans ces forêts tropicales

Qui entourent les montagnes volcaniques

Étranglées elles-mêmes par trois isthmes,

L'Ara aux couleurs les plus belles

De la tête jusqu'aux ailes

Se dresse sur sa branche

Droit comme un ange.

Sa queue pointe vers le sol

Comme l'aiguille d'une boussole.

On dirait une statue

Jusqu'au moment où il mut,

Lançant son cri perçant,

Brisant les très beaux chants

Des oiseaux jaseurs

Dans ces lieux enchanteurs.

CRÉATION

(Travail d'école pour mon frère Yves)

Dieu créa le ciel et la terre !

Or la terre était vague et vide,

Alors Dieu créa la Lumière.

Il fit un firmament au milieu des eaux

Lequel firmament il appela " ciel "

Et il sépara la terre et les eaux.

Il élit de vastes continents qu'il nomma " terre "

Et Dieu dit " Que la terre verdisse de verdure

Et que la masse des eaux s'appelle " mers ".

Il créa deux luminaires au firmament

Et un ciel sidéral dans le vide cosmique

Pour servir de signes pour les jours et les ans.

Dieu dit " Que les eaux grouillent d'êtres vivants

Et que la gent ailée vole au-dessus de la terre

Qu'ils se multiplient dans les mers et le firmament ".

Dieu fit des bêtes sauvages qui rampent sur la terre

Et il créa l'homme pour qu'il les domine

Et l'homme continue toujours son voyage séculaire.

LA FEUILLE D'AUTOMNE

(travail d'école en français, sur les saisons - 1963)

Le vent martèle la feuille sanglante

Qui se tient par un doigt à sa branche,

Le seul refuge qu'elle puisse trouver.

Il la martèle si bien, qu'elle lâche prise

Et, n'en pouvant plus, elle se laisse tomber

Sur son cercueil de ciment au pied de l'arbre.

Mais, d'un souffle puissant, le vent cruel

La traîne vers d'autres cieux.

Elle croit un instant que le bonheur de vivre

Ne lui sera pas enlevé, mais que

Des cieux nouveaux s'ouvrent devant elle.

Mais hélas ! Après que le vent soit épuisé

De jouer avec cette loque baignant dans son sang ;

Après lui avoir donné un peu d'espoir,

Il lui enlève tout ce qui lui restait :

Son espérance, sa joie, son bonheur éphémère,

Et même sa pauvre vie sans valeur.

Elle va s'allonger sur le tapis vert mais un peu jauni

Et dans un dernier soupir,

Elle regarde tomber la neige blanche

Qui la couvrira et l'étouffera pour l'éternité.

PAYSAGE D'HIVER

Des flocons de neige virevoltent dans l'air duveteux de l'hiver !Des touffes blanches tapissent les bois de mousseline et coiffent les sapins d'une tuque sur le cant. Le joli mois de décembre avec son cortège de blancheur ponctue les toits des maisons et leur invente une toilette de saison. Avant de noyer leur chute dans les rivières, les larmes caressent les roches ; des tourbillons de neige sur glace fragile glisse sur les ruisseaux. Une féerie indescriptible s'anime quand le soleil sombre derrière les collines et projette des jets enflammés sur la campagne.

Les amours hivernales sont prétextes aux baisers échangés sous le gui ; main dans la main, les tourtereaux gambadent dans cet univers ouaté pour adapter le rythme de leurs désirs à celui du firmament qui verse des gouttelettes givrées. Les gamins pelotonnent des balles pour déterrer la hache de guerre des attaques au grand air. L'atmosphère respire la lavande... on se gave de courses dans le vent, de promenades dans le soir, quand le ciel apaisé a emmitouflé les bras des arbres frileux sous la brise. Dans les chaumières, les tous petits se collent le nez aux carreaux avant de se faufiler sous les couvertures ! Ils anticipent la venue du Père Noël... esquissent avec leurs doigts mutins, son chariot et ses rennes dans la pénombre. Certes, ils ont été très sages et s'endorment avec l'espoir que Jésus les gavera de présents...

PRINTEMPS

J'aime à revoir au printemps

Le vol harmonieux des oiseaux

Venant de ces pays d'antan ;

J'aime à entendre de nouveau

Les cris joyeux des enfants

Qui sortent des eaux.

J'aime à revoir poussé dans le vent

Les fleurs, les coquelicots.

J'aime, j'aime, j'aime tout le temps

Quand les jours sont beaux.

C'est aussi le temps où les amants

Essayant de vendre cher leur peau

S'unissent en succombant

Devant tout ce renouveau

De ce splendide printemps.

ÉTÉ

Pourquoi le rossignol tarde-t-il si longtemps ?

Oublie-t-il de venir nous consoler ?

L'été n'est pas encore là, mais l'été va venir.

Midi, roi des étés, épandu sur la plaine,

Tombe en nappes d'argent des hauteurs du ciel bleu

Tout se tait. L'air flamboie et brûle sans haleine ;

La terre est assoupie en sa robe de feu.

Qu'il est doux d'errer parmi les bocages verts,

Dans les beaux jours de l'aimable saison d'été

Quand les oiseaux voltigeant de branche en branche

Vous y invitent par leur sauvage mélodie.

La saison d'été siège couronné de fleurs,

Fardant les campagnes de couleurs variées

Habillant de fête des jeunes filles et chantant les amours

Faisant poindre l'épi des moissons qu'ont semés les laboureurs

un poème anglais remis par ma religieuse, lors du décès de John F. Kennedy en novembre 1963, m'a inspiré cet acrostiche

Jusqu'à l'aube éternelle un monde noir de deuil ;

Oswald n'aura été que le triste visage

Héritier de la haine, image de l'orgueil.

Notre faute à nous tous s'en trouvait le présage.

 

Faute de charité et absence de foi,

Ignorance de Dieu et mépris pour son Œuvre ;

Tant de destinées étreintes à la fois ;

Zèle du mal et puis malice de manœuvre

Galvanisé par lui ; l'homme avait pris espoir,

Espoir d'un sort meilleur, espoir de paix durable ;

Rêve d'un univers où l'arme du pouvoir

Aurait été plutôt le phare véritable

Le guide sûr et fort de l'homme et son destin

Dans un chemin bien droit, dans l'ordre et l'harmonie

 

Kyrielle d'espoirs, mais espoirs d'un matin

Écrasés et broyés par une ignominie

Non il n'était pas seul dans son repaire étroit

Nous étions avec lui dans la honte et la haine

Et aucun ne saurait s'excuser à bon droit

Dallas est notre faute et aussi notre chaîne

Y trouver notre tort c'est retrouver l'espoir

OMBRE

Le ciel bleu, blanc d'être trop bleu

Ne laisse aucune ombre

Sur la terre angoissée

Aucune ombre, sinon la sienne propre.

Elle n'est même pas bleu,

Ni blanche, ni bienfaisante,

Ni apaisante.

Elle est là simplement, cette ombre

Sans qu'on sache ni où, ni quand,

Ni pourquoi.

Elle est là pourtant

Parce que tout ce qui existe

Tout ce qui subsiste

En laisse une, en crée une,

Quelque qu'elle soit

Quoiqu'on en pense.

J'ai marché, j'ai couru

J'ai erré, et j'ai reçu

En échange de cette ombre

La seconde : une pénombre

La mienne.

Elle était, me direz-vous

Tout aussi invisible que la première

Certes, puisqu'elle était tout aussi lumière.

Que faire de cette seconde ombre enlacée

Mais ignorée

Qu'en faire sinon la piétiner

Comme un cœur,

Sinon la dédaigner

Comme un pleur,

Sinon la renier

Comme une trêve,

Sinon y renoncer

Comme à un rêve.

SILHOUETTES

Deux silhouttes

Aux creux d'un tronc

Baisent leur front

Deux ailes blanches

Entre les branches

Une mouette

Entend ce chant

Au fil du vent

Deux ombres noires

Fuient sur l'espoir

LA SAGESSE

La Sagesse crie par les rues,

Sur les places publiques elle élève la voix;

À l'angle des carrefours, elle appelle,

Aux portes de la ville elle prononce un discours:

 

"Jusqu'à quand, ô simples,

Aimerez-vous la simplesse?

Et les railleurs, se plairont-ils à railler?

Et les insensés haïront-ils le savoir?

Convertissez-vous à mes exhortations;

Pour vous je vais épancher mon coeur,

Et vous faire connaître mes dires:

Puisque j'ai appelé et que vous avez refusé,

Puisque j'ai étendu la main

Sans que nul y prenne garde,

Puisque vous avez négligé mes conseils

Et que vous n'avez pas répondu à mes remontrances,

À mon tour de votre détresse rirai,

Je vous narquerai quand viendra l'épouvante.

Quand l'épouvante fondra sur vous comme l'orage

Et votre détresse comme un tourbillon,

Quand l'épreuve et l'angoisse fondront sur vous,

Alors ils m'appelleront, mais je ne répondrai pas;

Ils me chercheront et ne me trouveront pas.

Ils détestaient le savoir,

Ils n'aimaient pas m'entendre parler,

Ils faisaient fi de toutes mes remontrances;

Ils mangeront donc du fruit de leurs errements,

Ils se rassasieront de leurs propres conseils!

Car l'égarement des simples les tue,

L'insouciance des sots les mène à leur perte;

Mais qui m'écoute demeure en paix,

Il sera tranquile, sans craindre le malheur!.

POUR LEUR PARLER DE VOUS (1964)

Je reviens après la cloche du départ,

Le local est vide et sent le lilas mort.

Les pupitres déserts regrettent amèrement

Votre présence chaude et rassurante.

Pourtant quand vous êtes là,

Ils ne savent qu'inventer

Pour vous obtenir un sourire.

Mais ils n'y arrivent pas,

Impuissants en rangs serrés inlassables

Parce qu'ils sont de bois !

GRATITUDE (1964)

A la fin de ces deux années à la Présentation,

Je vous rends grâces, Seigneur

Pour les professeurs compétents, dévoués,

Pour ces compagnes si gentilles, si aimables,

Pour leur personnalité attachante,

Leur sourire, leurs rires éclatants,

Leur soif de vérité,

Pour la bonne entente,

L'esprit d'entraide entre chacune,

Pour leur simplicité,

Image de la Vôtre,

Pour la mission si grande qui attend,

Pour le don reçu,

Pour la joie du don aux autres en votre amour,

Je vous rends grâces, Seigneur !

PAIX

Sur la branche de mon cœur,

La joie, reposait en paix,

Jusqu'au jour où le malheur

Vint rompre cette paix.

Alors la joie pris son vol

Pour un autre cœur

Et la tristesse, cette folle,

Vint se poser dans mon cœur.

Sur la branche allongée,

Elle resta là immobile

Sans que je puisse tuer

Mon mal si pénible.

Mais un jour, un très beau jour,

Vous connaissez l'amour

Ainsi, dans les rues de mon cœur,

Se promène comme un voleur

Celui qui à chaque instants

M'offre de merveilleux moments.

Alors, comme les oiseaux au printemps

Reviennent au bercail,

La joie, de la tristesse triomphant,

Vint se poser sur son perchoir.

Ainsi, pendant toute l'éternité,

J'ai connu la joie d'aimer.

J'ai dit toute l'éternité,

Car celui de qui je suis aimée,

Est le Grand Donneur

De la vie et du bonheur.

Il ne se lasse jamais

De donner ses bienfaits

A ceux qu'Il aime

Et à ceux qui l'aime

APPEL

Seigneur, je sais que déjà et même avant ma naissance,

Tu as placé sur mon chemin celui qui s'unira à moi

Pour la vie afin de mieux Te louer.

Toi, Tu sais où il se trouve, ce qu'il fait,

Tu connais ses parents, sa vie... ses ambitions...

Et surtout, Tu sais, l'année... la saison... le mois...

Le jour... l'heure... la minute... la seconde...

Où nous nous regarderons.

Moi, je vais vers l'inconnu...

Et comme c'est dur !

Seigneur, j'ai tellement hâte de le rencontrer !

Quand est-ce que Tu me le présentes ?

Est-ce un samedi ? Le soir ?

À quelle heure ? quand ?

Dis, au moins, Seigneur,

Tu as sûrement un jeune homme pour moi ?

J'ai tellement besoin d'aimer,

D'ètre aimée, et de me donner.

Tu me connais, Seigneur...

Je sais, l'amour est une grande chose !

Il ne faut pas jouer avec l'amour...

Seigneur, Toi qui est Tout-Amour,

Apprends-moi à aimer

SECOURS

J'espérais, Seigneur d'un grand espoir,

Tu t'es penché vers moi,

Tu as écouté mon cri.

Oh! Mais combien tu as fait

Pour nous, des merveilles, des projets.

Rien ne se mesure à toi !

Je veux le publier, le redire:

Tu m'as fait découvrir

Celui qui m'était destiné.

Maintenant qu'il est là,

Seigneur, je veux l'aimer.

L'aimer de tout mon être,

L'aimer toute ma vie.

Je veux aussi être fidèle

À ta parole, quand Tu as dis:

Multipliez les hommes,

Et aimez-vous les uns aux autres.

Seigneur, je Te remercie

Pour avoir répondu à mon appel,

Pour m'avoir permise d'aimer

Ainsi que d'engendrer.

Merci, Merci pour tout !

PRIÈRE

Seigneur, tu sais avec quel ardent élan

ma parole t'invoque pour les autres êtres.

Je t'implore maintenant pour un qui est mien,

mon vase de fraîcheur, miel de ma bouche,

substance de mes os, doux but de mon étape,

chant à mon oreille, anneau a ma taille.

Je m'inquiète de ceux en qui je n'ai rien mis de moi:

Ne te détourne pas si je te prie pour celui-ci.

Je te dis qu'il est bon, je te dis qu'il a

le coeur tout entier à fleur de poitrine,

qu'il est doux, franc comme la lumière du jour,

gonflé de prodiges comme le printemps.

Celui qui n'a pas eu de prières sur ses lèvres

est soyeux comme comme fleur en bouton

Il fut cruel envers toi ? Tu oublies que je l'aime.

Et c'est, tu le sais bien, amer que d'aimer,

d'avoir toujours les yeux baignés de pleurs,

de rafraîchir de baiser son cilice

en gardant toujours un regard d'extase.

Le froid du fer qui transperce est délicieux

lorsque la chair qu'il déchire est une gerbe d'amour.

Et on porte sa croix. T'en souviens-tu, roi des Juifs ?

Tendrement, comme une gerbe de roses.

Me voici, Seigneur, le visage dans la poussière,

prête à t'implorer pendant tout un crépuscule,

pendant tous les crépuscules de ma vie,

si tu tardes à me dire le mot que j'attends.

J'accablerai tes oreilles de mes prières et de mes sanglots,

chien fidèle, je baiserai le bord de ta robe,

tes yeux aimants ne pourront me fuir,

ni tes pieds se dérober à la rosée chaude de mes larmes.

Prononce le pardon ! Prononce-le. Ce mot va jeter dans le vent

le parfum de cent vases d'essences répandues;

l'eau ne sera qu'éblouissement, le désert va fleurir,

la pierre étinceler.

Les yeux sombres des fauves vont se mouiller,

la montagne dont tu as forgé le roc

pleurer sous les blanches paupières des glaciers;

la terre entière saura que tu as pardonné.

Ramène-moi, Seigneur, chez-moi...

Tu le sais bien, Seigneur,

Toi qui vis dans mon cœur,

que la plupart du temps

je suis hors de chez moi !

 

Mon esprit vagabonde,

errant de par le monde,

en quête de bonheur...

 

Ton immense bonté

te retient enchaîné,

au milieu de mon cœur,

et moi, je suis ailleurs !

 

Tu es tout seul... chez-moi !

Tu le sais bien, Seigneur,

que ma soif de bonheur

m'entraîne incessamment

en dehors de chez moi.

 

Des rêves chimériques,

des projets fantastiques,

voilà toute ma vie.

 

Seigneur, ramène-moi

dans ma demeure intime

où Te trouve ma Foi.

 

Désormais, chaque jour,

vivant d'un même amour,

pour la gloire du Père,

le salut de nos frères.

 

Nous serons deux... chez moi !

Seigneur, Ecoute... Regarde... Pardonne... et Sourit...

O toi, Seigneur qui est là-haut,

Maître des hommes et des animaux,

Toi qui voit et qui écoute avec bonté

Tes propres enfants éplorés,

Tu ne peux être si distant envers eux,

A leurs cris désespérés et même parfois séditieux.

Toi qui est la bienveillance même,

Toi Seigneur l'Être suprême

Tu ne saurais les blâmer

S'ils implorent ta bonté.

Tu es leur seul soutien

Sans toi, ils ne sont rien.

Pense, Seigneur, aux pauvres petits orphelins,

Pauvres hirondelles tombées du nid !

Pense qu'il y a des sourires enfantins

Qui attendent qu'on leur sourit !

Il y a des petits bras, qui le soir, tout en pleurs,

Cherchent quelqu'un qui les serre sur leur cœur !

Pense aussi, aux femmes, aux mères avilies,

Pleine de désillusions et de mélancolie.

Le désespoir leur serre la gorge comme un étau,

Elle voudrait mourir, attendant un amour nouveau,

L'amertume s'est installé là où vivait l'amour.

Étant fatiguées par l'attente du retour

D'un mari ivre, ou d'un enfant prodigue.

Pense Seigneur, au père infortuné

Qui travaille à la sueur de son front ridé

Pour pourvoir aux besoins des siens

Qui en retour ne lui apporte rien.

Il n'est attendu que pour l'argent,

Et c'est ainsi qu'il vivra : patient !

Les jeunes adolescents que nous sommes

Ont aussi besoin que tu leur pardonnes

Pour leur indifférence à Ta religion

Plus tard, au stage adulte, ils la comprendront.

Pardonne-leur s'ils T'injurent et Te blasphèment,

Plus tard, je l'espère, ils te diront des poèmes.

Accorde aussi une de tes bienveillantes pensées,

Aux infirmes, aux malades abandonnées,

Qui vivent dans la solitude et le désespoir

Attendant en vain le secours d'un soir.

Maintenant, tous ensemble nous t 'implorons,

Accorde-nous avec indulgence ton pardon,

Tu es, Seigneur, notre unique ressource,

Nos cris viennent du cœur, non de la bouche.

Ecoute... Regarde... Pardonne... et sourit...

Nous, nous ne pouvons que dire MERCI !

VOUS

(à l'occasion d'un party avec ma gang lavalloise - 1966)

premier acte: les filles...

Je n'aie rien contre les filles

Elles sont toutes gentilles

Dans notre groupe elles brillent.

 

Michaele, que les garçons ont surnommées

Pour leur plaisir, le garçon manqué

Est vite sur ses patins et ne cesse de grouiller

Et de parler, elle est le centre des soirées.

 

Il y a aussi Francine

Ce n'est guère une capucine

Car elle a toujours le fil

Des conversations très fines

 

La sœur de Jean-Charles, Danielle

N'est nul autre qu'une demoiselle

Que les garçons toujours en selle

Ont surnommée l'autruche aux grandes ailes

 

On ne peut oublier Michelle

On n'a rien contre elle

Encore bien moins Jean-Charles

Car ils sont deux inséparables.

 

Croyez pas que je me suis oubliée

Mais ce n'est pas à moi de parler

Car je ne sais pas ce que vous penser

Je n'aie rien de spécial

Les vers que j'écris sont banals

Ils ne sont pas comme ceux de Nerva

 

deuxième acte: les garçons...

Les garçons sont tous les mêmes

Mais je peux vous dire quand même

Qu'ils ne sont pas bêtes.

 

Prenez par exemple Jean-Charles

On ne peut s'en empêcher, on l'achale

Mais ce n'est pas un bancal

Michelle peut vous dire qu'il n'a pas son égal.

 

Un autre garçon, André St-Louis

Il veut devenir prêtre, pauvre lui !

Peut-être a-t-il une raison à lui

Mais pour moi c'est un ennui

Quoique je ne déteste pas cet ami

 

Quant à Claude l'électricien

On ne peut pas dire que c'est un vaurien

Car en électricité il nous dépasse bien

Et avec Michael il s'est formé un lien.

 

J'allais oublier André Lapointe

Pourtant il n'est pas le moindre

De ses farces il nous pointe

Et dans celles-ci on ne peut le rejoindre

 

troisième et dernier acte...

J'espère que vous n'êtes pas fâché

J'ai écrit sans méchanceté

Bien sûr c'est pour s'amuser

Du moins c'est ce que j'ai pensé

Je n'ai pas voulu vous conspuer

En tout cas c'est terminé !

ABANDON

(hommage fantasmique à mon copain de l'époque - j'avais 16 ans)

Je l'aimais, je l'aimais trop bien,

Je ne le trouvais pas comme les autres,

Lui qui ne possédait rien, mais rien.

Et qui vous recevait comme un hôte.

La nature ne l'avait pas bien comblé.

Mais Dieu lui ne l'avait pas ménagé :

Sérieux, et compréhensif, c'est lui !

Honnête et bon, c'est encore lui !

Et se sera toujours lui !

Mais voilà, sa bonté, son honnêteté,

Son sérieux et sa compréhension,

Firent de lui, un homme choyé

Aux dépends de ses compagnons.

Maintenant dans la paix d'un cloître

Il médite ses 20 années passées

Et il ne me reste que pour espoir,

Qu'il gagnera mon cœur blessé

Pour l'offrir à son Maître et Roi

Pour me faire oublier que c'était moi !

L'INSENSÉ

(à la suite d'une mésaventure avec de jeunes voyous qui m'ont tabassé un soir ou j'entrais chez moi)

Un vaurien, un homme inique,

il va la bouche torse,

Clignant de l'œil, traînant les pieds,

jouant des doigts.

Le cœur tordu, méditant le mal

en toute saison

Il suscite des procès...

Aussi, soudain, viendra sa ruine,

sa chute sera subite

et sans remède !

VOLUPTÉ

(en 1965-66 je travaillais au centre-ville de Montréal et au retour du travail, tard le soir, il m'arrivait de rencontrer des "filles de joie" d'où l'idée d'écrire ce texte)

Par la fenêtre de sa demeure,

Elle s'est penchée sur la place

Pour envisager peut être parmi de jeunes ingénus

Un blanc-bec dépourvu de sens.

Passant par la venelle, près du coin de l'étrangère,

Il gagne le chemin de sa maison

A la brune, au tomber du jour,

Au cœur de la nuit et de l'ombre.

Et voici que cette femme vient à sa rencontre

Faite comme une fille, enveloppée d'un voile

Elle est hardie et insolente

Ses pieds ne peuvent tenir à la maison

Tantôt dans la rue, tantôt sur les places

A tous les coins elle se tient aux aguets

Elle se jette sur lui et l'embrasse

D'un air effronté elle lui dit :

J'avais à offrir mon corps

J'ai accompli mes vœux aujourd'hui

Voilà pourquoi je suis sortie à ta rencontre

Pour te chercher et je t'ai trouvé

J'ai garni de couvertures le divan

J'ai déployé la fine soie de Chine

J'ai aspergé ma couche de parfum

De cinnamome et d'aloès

Viens ! Enivrons-nous d'amour jusqu'au matin

Livrons-nous à la volupté

Car point de mari à la maison

Il est parti pour un long voyage

A force de persuasion, elle le détourne

Par la séduction de ses lèvres elle l'entraîne

Dans son trouble il la suit

Tel un bœuf conduit à l'abattoir

Tel un cerf qui se prend au lacet

Jusqu'à ce qu'un trait lui perce le foie

Tel l'oiseau qui se jette dans le filet

Sans savoir qu'il y va de sa vie

LA MÈRE

Partout on se lamente,

Les salaires sont trop bas.

De l'argent on en demande

Toujours davantage.

Pourtant il y a une personne qui travaille

Et qui ne demande jamais

Si difficile que soit son travail

Son enveloppe de paie.

C'est la mère !

Elle est cuisinière, blanchisseuse,

Elle frotte, elle brosse,

Elle est infirmière, repasseuse,

Elle coud, elle raccommode.

Elle ne peut manger en paix,

Elle sert à table comme un valet.

Toujours la première levée,

Et la dernière couchée.

C'est la mère !

Elle n'a pas une politique particulière :

Mais son cœur lui suggère

Le moyen de gouverner :

Le sourire, voilà la clef.

Aujourd'hui son sourire

Est plus lumineux,

Car une larme brille

Au fond de ses yeux.

Elle n'a pas fait de chefs-d'œuvre ;

Mais quelque chose de plus grand,

Sur ses genoux s'est formée une œuvre

Ce qu'il y a de mieux au monde :

Une femme honnête, un homme honnête.

Voilà la mère !

Elle se donne toujours

Et sa dernière pensée

Ne sera pas pour elle

Mais pour ceux qui restent.

On ne s'aperçoit pas toujours

De ce miracle de bonté

Et de sacrifice, que le jour

Où elle ferme les yeux.

Vive la mère !

(certains soirs où je me laissais prendre au jeu d'un amour maternel qui n'était pas toujours présent)

... à ma mère

Collée à une sèche fissure, laisse-moi te dire :

seins bien-aimés qui m'avez nourrie d'un lait plus vif qu'un autre lait; yeux clos qui m'avez regardée d'un regard qui me couvait ; genoux qui me réchauffiez comme four qui ne froidit pas ; petite main qui me touchait d'un toucher où je fondais toute ;

Ressuscitez... Ressuscitez.....

si l'heure existe, si le jour est vrai, pour que le Christ vous reconnaisse et que vous versiez joie à une autre terre, pour que mon Archange vous paie forme, sang et lait qui furent miens et que vous récupériez enfin la vaste et sainte symphonie des antiques mères.

DON

Tu as connu la joie de vivre...

il te faut la donner...

Tu as connu la fraternelle amitié...

il te faut la répandre...

Tu as reçu le soleil du don...

il te faut rayonner...

Tu as reçu la lumière pure du matin paisible...

il te faut la garder...

Disponible au soleil comme la fleur naïve...

fais de la lumière...

Une lumière qui pacifie

Une lumière qui réchauffe

Une lumière qui illumine

Mais souviens-toi que

Faire de la lumière

Est plus difficile que

De faire de l'or

VIE

Si je ne savais que la vie ne fut

Qu'un long cri de désespoir

Lancé vers l'infini

Et qui demeure à jamais

Sans réponse,

Si je ne savais la haine

La honte, les pleurs

Qui coulent de ces corps,

A demi-desséchés

Sans arrêt,

Si je ne savais les hommes méfiants

Qui vivent vaincus

L'espace éblouissant d'une lutte

Dont ils possèdent la victoire

Sans raison,

Alors je partirais légère

Vers je ne sais

Quelle Espagne

Avec une rose au bout des dents

Et des réserves

De printemps

Et puisque Dieu

Serait d'accord

Il s'embarquerait

Avec moi.

Car c'est ainsi que les hommes vivent !

UNE VIE

Septembre ! nostalgie

des rires enfantins

souvenir d'un parfum

nocturne

aurore d'un matin

sans rosée

Je souris

Je pleure

 

Septembre ! crépuscule

d'un jour noir

souvenir des larmes

d'amour

deuil

souffle d'espoir

Je souris

Je ris

 

Automne ! fraîcheur

du lac

sommeil de la feuille

monotonie

rêve macabre

Je souris

Je soupire

 

Noël ! germe

d'une nuit

rires lugubres

pauvreté

du riche

illusion de joie

Je souris

Je cherche

 

Printemps ! odeur

enivrante

absence d'un homme

montée de la rose

clameur de la fille

Je souris

J'espère

 

Liberté ! rires

enfantins

parfum nocturne

solitude partagée

Je souris

Je découvre

J'aime

LE RÊVEUR

Ma vie c'est un rêve,

Ma vie c'est toi,

Ma vie c'est quand même

Un rêve près de toi.

Chaque soir,

Dans la nuit,

Moi je pense à toi !

Moi je sais que ton cœur

N'appartient qu'à moi !

Si seulement tu savais

Où est le bonheur !

Notre amour,

Pour toujours,

Est pour nous sans retour…

PARTI

Comme un nuage

Lors d'une tornade

Tu étais parti

Sans un avis.

Pris que vais-je faire

Seul sur la terre

Pardonne-moi !

Je sais que toi tu ne m'aimes plus

Je sais que toi tu ne penses plus à moi

Je sais que toi tu ne souris plus

Je sais que toi tu ne parles plus de moi

Je sais qu'un jour je t'ai menti

Pourtant il n'y a pas longtemps l'on s'aimait tant.

SOUVENIR

En ce dernier soir,

Je restai plus longtemps

Penchée, entendant

Renaître l'espoir.

Souviens-toi bien

Des détails, des riens,

Ils te feront penser

Aux beaux jours du passé

Si jamais tu oublies

Le séjour du bonheur,

Retrouve sans mépris

L'enfance de ton cœur.

Car jamais effacé

Sera ton passage

Même dans les vieux âges

Je te retrouverai.

Le souvenir, présent céleste,

Ombre, des biens que l'on n'a plus,

Est toujours un bonheur qui reste

Après toux ceux qu'on a perdus…

Du cœur du silence

Du cœur du silence, c'est à toi que je pense

A toi qui ce soir est si loin de moi.

Je pense à la joie d'être dans tes bras

Mais pourquoi n'es-tu pas là ?

 

Du cœur du silence dans la nuit qui s'avance

Je reste éveillée en rêvant de toi

Je vois ton visage tout près de moi

Mais pourquoi n'es-tu pas là ?

Déjà le jour se lève sur un bleu ciel

Au bout de l'horizon vermeil

Pourquoi cacher que j'ai pleuré

J'ai tant d'amour à te donner.

 

Du cœur du silence, c'est à toi que je pense

A toi qui demain sera peut-être près de moi

Mais pourquoi n'es-tu pas là ?

AMOUR

Avec toi, je ne vis que d'amour

Pour toi, je vis chaque jour

Que le ciel me donne ton retour

Car moi je ne pourrais vivre sans ton amour.

Un beau jour toi tu es parti

Sans te soucier de ce que serait ma vie

Car tu voyais un meilleur destin.

Maintenant que j'ai ton amour,

Je te pardonne ton séjour

Et puisque tu es revenu

Dans mon cœur tu es le bienvenu.

Ensemble maintenant nous serons heureux

Car tu sais, le bonheur se fait à deux

Et l'amour n'est pas seulement un jeu

Le cœur brûle quand on est amoureux.

La communion de deux êtres qui s'aiment

Engendre le plus beau des poèmes

Et c'est ainsi que la joie se sème.

Tu veux être heureux avec moi ?

Alors ne part plus comme autrefois

Je veux te garder tout entier pour moi,

Tu acceptes d'être ma douce proie ?

OBESSION

Je me taisais, et mes os se consumaient

à rugir tout le jour

la nuit, le jour, ta main

pesait sur moi

mon cœur était changé en un chaume

au plein feu de l'été.

 

Mon âme a soif de toi,

après toi languit ma chair,

terre sèche, altérée, sans eau,

je veux te contempler, t'aimer,

voir ta puissance et ta gloire.

 

Meilleur est ton amour que la vie,

mes lèvres diront ton éloge,

je veux t'aimer en ma vie,

à ton nom, élever les mains.

 

Quand je songe à toi dans mon lit

au long des veilles je médite sur toi

toi qui fus mon secours, mon amour

et je jubile à l'ombre de tes ailes

mon corps se presse contre toi

ta droite me sert de soutien.

L'AMOUR

Il court librement dans le sillon, bat de l'aile dans le vent,

palpite dans le soleil, se pose sur les pins.

Rien ne sert de l'oublier comme une mauvaise pensée :

Il faudra l'écouter !

Il parle la langue du bronze, il parle la langue des oiseaux,

il a des supplications timides et des impératifs de mer.

Rien ne sert de le regarder d'un air de défi, ni d'un sourcil froncé :

Il faudra l'héberger !

Il a l'allure d'un maître, les excuses ne le touchent pas,

il déchire le calice de la fleur, il fend le glacier profond.

Rien ne sert de lui dire qu'on ne veut pas de lui comme hôte :

Il faudra l'accepter !

Il a des arguties subtiles dans sa fine réplique,

des raisons de savant avec une voix de femme.

Ni science humaine ne saurait nous sauver, ni science divine :

Il faudra le croire !

Il met un bandeau sur nos yeux et nous souffrons le bandeau,

il nous offre un bras chaud et nous ne savons pas refuser.

Il va et nous le suivons ensorcelés, même en sachant

Que c'est pour mourir…. D'amour !

CREDO…

Je crois en mon cœur, bouquet de parfums

embaumant d'amour ma vie toute entière.

Je crois en mon cœur, mon cœur qui ne demande rien,

car il contient le songe suprême

et dans ce songe étreint, en maître immense, toi !

Je crois en mon cœur, mon cœur qui palpite,

mon cœur toujours répandu mais jamais vidé.

Je crois en mon cœur, mon cœur qui repose

sur ton sein doux et fort.

DONNE-MOI TA MAIN

Donne-moi ta main

Et nous danserons

Donne-moi ta main

Et tu m'aimeras

 

Nous serons ainsi

Qu'une seule fleur,

Ainsi qu'une fleur

Une fleur, c'est tout

 

C'est le même chant

Que nous chanterons

C'est le même pas

Que nous danserons

 

Comme un seul épi

Nous ondulerons

Comme un seul épi

Un épi, c'est tout

 

Tu t'appelles Rose

Et moi Espérance

Mais nous oublierons

Ton nom et le mien

 

Et sur la colline

Nous ne serons plus

Qu'une unique danse

Unique, c'est tout

(poème écrit sur une carte de Noël envoyée à André en 1969)

à André...

avec des sentiments de la plus profonde humilité, d'un cœur aimant et fidèle, je dédie ce poème pour qu'il perpétue notre bonheur au-delà des années.

Ce soir la lune rêve avec plus de paresse et à l'heure où dans les champs l'ombre des mots s'allonge, j'exerce ma mémoire à retrouver de toi le moindre souvenir. Une pareille nuit contemplée dans la solitude, mon cœur ne peut y tenir.

Comme un lys sur les eaux que la rame incline, ta tête mollement se penche sur ma poitrine. Ton sourire illumine la nuit. Tes yeux reflètent mes yeux qui les regardent,. Ta lèvre répond en soupirant à ma lèvre qui soupire. Nos deux âmes se confondent dans un baiser, car les choses les plus profondes et les plus pures ne sortent pas de l'âme tant qu'un baiser ne les appelle. Ce faisceau de rêves me grisent et m'entraînent jusqu'aux lointains de l'amour. Sous la couche épaisse de nos actes, notre âme d'enfant est demeurée inchangée car notre âme échappa au temps.

Je ne sais, ni n'invente, je dis ce que je vis !

QUE SERAIS-JE SANS TOI

Que serais-je sans toi

Toi qui m'as tout donné

Je t'adore, mon amour, avec toute la violence de la femme

De la femme libérée du refoulement.

Et c'est toi qui a accompli ce miracle !

Par ton amour, tu as fait de mon corps raidi

De ne pas avoir été plié par l'acte de chair,

De ne pas avoir été pétri par les mains de l'homme,

Le plus beau corps de femme, de la femme qui aime.

Je t'adore, mon amour, avec toute la force de mon être

De cet être triomphant de la femme satisfaite

Qui prend son désir et qui sait aussi le donner

Par ton amour, tu as fait de mes nuits de rêve

Le miracle de l'amour, le fruit de mon imagination.

Tout en me réservant pour toi, tu me possèdes déjà

C'est notre force et notre secret !

Que serais-je sans toi

qui m'as tout donné…

TOI

J'aimais tant le son de ta voix,

La chaleur de ton corps sur moi.

Tu me faisais oublier mes soucis

Pas un ne savais le faire ainsi.

 

Je t'aimais, mais silencieusement,

Tu n'as pas su découvrir mes sentiments

Et tu es parti, comme ça, tout simplement,

Sans te rendre compte que je souffrais terriblement.

 

Mais je ne t'oublierai pas, toi

Tu peux toujours compter sur moi

Comme sur un de tes meilleurs amis

Et pendant toute ta vie.

 

Je t'aime ardemment

Mais très secrètement.

Qu'ils sont étranges, mes sentiments

Ce ne sont pas ceux de passionnés amants.

PRÉSAGE

Avant les souvenirs, j'exerce ma mémoire,

À retrouver de vous le moindre souvenir,

De la lèvre ou de l'oeil et j'ai de longs moments,

Comme auprès d'une source on a le goût de boire.

Le regret de ne pas vous avoir chaque fois

Trait pour trait dessiné aux saisons de moi-même,

Pour qu'au loin de ce temps ce doux fantôme j'aime,

Comme j'aime aujourd'hui l'écho de votre voix

J'aurai pour vous inscrire au creux de mes années,

De longs gestes très doux comme des vols d'oiseaux

Lents et mélodieux attardés sur les eaux,

D'où les amours des mains et des ailes sont nés.

HONTE

Si tu me regardes, je deviens belle

comme l'herbe sous la rosée

et les grands roseaux ne reconnaîtront pas

mon visage ébloui quand je descendrai à la rivière

 

J'ai honte de ma bouche triste

de ma voix brisée, de mes genoux rudes.

Après que tu es venu et m'a regardée,

après m'avoir marquée de ton baiser,

mon front rugueux était d'éclat.

 

Il est nuit, la rosée descend sur l'herbe;

regarde-moi longtemps, parle-moi avec tendresse;

depuis que tu as levé ton regard sur moi,

je suis belle !!!

LES ENFANTS

As-tu regardé

Les enfants jouer

As-tu regardé

Les enfants pleurer

Dans certains visages

Il y a du bonheur

Dans d'autres visages

Il y a du malheur

As-tu regardé

Les enfants sourire

As-tu regardé

Les enfants courir

De jour en jour ils se laissent aller

De jour en jour c'est fête et gaieté

DÉGOUT DE LA VIE

(inutile de dire que c'était lors d'une dépression)

Que périsse le jour qui m'a vu naître !

Ce jour là, qu'il soit ténèbres

Et que la lumière ne brille pas sur lui !

Qu'une nuée s'installe sur lui

Qu'une éclipse en fasse sa proie

Que l'obscurité le possède

Qu'il ne s'ajoute pas aux jours de l'année

Qu'il n'entre pas dans le comput des mois !

Que cette nuit là soit lugubre

Qu'elle ignore les clameurs joyeuses !

Que la maudissent ceux qui maudissent les jours

Que se voilent les étoiles de son aube

Qu'elle attende en vain la lumière

Et ne voie pas s'ouvrir les paupières de l'aurore !

Car personne a fermé sur moi la porte du ventre

Pour cacher à mes yeux la souffrance

Pourquoi ne suis-je pas morte dès le sein ?

Pourquoi n'ai-je pas péri aussitôt enfantée ?

Pourquoi s'est-il trouvé deux genoux pour m'accueillir ?

Maintenant je serais étendue dans le calme

Je dormirais d'un sommeil reposant

Je serais comme les petits qui ne voient pas le jour

Là, prend fin l'agitation des méchants

Là, se repose les épuisés

Même les captifs sont laissés tranquilles

Et n'entendent plus les cris des surveillants

Là, petits et grands se confondent

Et l'esclave recouvre sa liberté

Pourquoi donner à un malheureux la lumière

Et la vie à ceux qui ont l'amertume au cœur

Qui aspirent à la mort sans qu'elle vienne

Fouillent à sa recherche, plus que pour un trésor ?

Ils se réjouiraient en face du tertre funèbre

Ils s'exulteraient s'ils atteignaient la tombe

Pourquoi ce don à l'homme qui ne voit plus sa route

Et que Dieu cerne de toutes parts ?

Pour nourriture, j'ai mes soupirs

Comme l'eau, s'épanchent mes rugissements

Toutes mes craintes se réalisent

Et ce que je redoute m'arrive

Ni tranquillité, ni paix pour moi

Et mes tourments chassent le repos

INTIME

(lors de ma dépression en 1980 - ce sera mon dernier poème - comme si mon esprit créateur était mort à défaut de faire mourir mon corps…)

Ne serre pas mes mains.

Le temps sans fin viendra

se reposer avec beaucoup de poussière

et d'ombre entre mes mains croisées.

Et tu diras : Je ne peux plus l'aimer,

ses doigts se sont égrenés comme les moissons

 

Ne baise pas ma bouche.

Il viendra l'instant

de lumière amortie où

je serai sans lèvres sur un sol mouillé.

Et tu diras : Je l'ai aimée, mais je ne puis plus

maintenant qu'elle ne peut boire

l'odeur de genêts de mon baiser

 

Et je serais angoissée à t'entendre

Et tu parlerais en aveugle et en fou

Car ma main sera sur ton front

Lorsque mes doigts se briseront

Et sur ton visage tendu d'anxiété

Mon souffle passera

 

Ainsi, ne me touche pas. Je mentirais

en te disant que je te livre

mon amour dans mes bras tendus,

dans ma bouche, dans ma gorge,

et toi, croyant l'avoir épuisé tout entier

tu te tromperais comme un enfant qui ne sait pas.

 

Car mon amour n'est pas seulement cette gerbe

Rétive et lasse de mon corps

Qui tremble toute au contact du cilice

Et reste en arrière dans chaque envol.

 

C'est ce qui est dans le baiser et non la lèvre

Ce qui brise la voix, non la poitrine

C'est un vent de Dieu qui passe en déchirant

La pulpe de ma chair dans son envol !

POURQUOI JE T'AIME

Parce que tu me comprends

et devines mes peines,

et me donnes des joies.

 

Parce que tout chez toi,

ton regard, ton sourire,

me remplit de douceur.

 

Parce que ton amour

répand sur mon chemin

un bonheur toujours neuf.

 

Parce que je te dois

le soleil d'aujourd'hui

et l'espoir de demain.

ELOGE DES LARMES

Éloge des larmes! Mélodie de Schuber qui revient à ma mémoire, qu'apportes-tu ce soir?

Le souvenir de cet enfant pleurant son jouet brisé ou celui de ce vieil homme retrouvant sa jeunesse en entendant un air de violon?

Larmes de joie du bonheur retrouvé. Larmes de tendresse de la maman berçant l'enfant qui s'endort. Larmes de rire surgissant comme le trop-plein d'une marmite, libérant les tensions nerveuses, mais aussi larmes de deuil pleurant l'être cher disparu.

Larmes d'amour, marquant l'inéfable paix propre à deux coeurs unis, mais aussi larmes de séparations brutales.

Larmes de rage et d'impuissance, de révolte contre l'adversaire et l'adversité, mais aussi larmes de résignation, de profond désespoir devant la solitude et l'abandon.

Larmes qui inspirez pitié, amour, répulsion ou colère, qui êtes-vous?

Êtes-vous la marque de l'homme? Êtes-vous signe de faiblesse ou suprème appel à l'espoir? Implorez-vous pardon? Demandez-vous grâce?

Larmes de mères, larmes de femmes, la première force hydraulique du monde; quand vous coulez, discrètes ou abondantes, sachez votre puissance.

Puissance immense en effet, puisque vous avez contribué à ce miracle merveilleux que conte l'apôtre Jean: "Jésus pleura..." Et les Juifs de dire: "Voyez comme il l'aimait!"

19 printemps

Pour tout bagage on a 19 ans

On a l'espérience des parents

On se fou du tiers comme du quart

On prend le bonheur toujours en retard

Quand on aime c'est pour toute la vie

Cette vie qui dure l'espace d'un cri

D'un permanent ou d'un "blue jean"

Et pour tout le reste on imagine.

Pour tout bagage on a sa gueule

Quand elle est bête ça va tout seul

Quand elle est moche on s'habitue

On se dit qu'on n'est pas mal foutu.

On bat son destin comme les brêmes

On touche à tout, on dit "je t'aime"

Qu'on soit de la balance ou du lion

On s'en balance, on est des lions...

 

Pour tout bagage on a 19 ans

On a des réserves de printemps

Qu'on jetterait comme des miettes de pain

A des oiseaux sur le chemin.

Quand on aime c'est jusqu'à la mort

On meurt souvent et puis l'on sort

On va griller une cigarette

L'amour se prend et puis se jette

Pour tout bagage on a sa gueule

Qui cause des fois quand on est seule

C'est ce qu'on appelle la voix du dedans.

Pas moyen de trouver le bouton

De cette radio, on est manon

On passe à l'examen de minuit

Et quand on pleure, on dit qu'on rit

 

Pour tout bagage on a 19 ans

On a une rose au bout des dents

Qui vit l'espace d'un soupir

Et qui vous pique avant de mourir.

Quand on aime c'est pour tout ou rien

C'est jamais tous, c'est jamais rien.

Ce rien qui fait sonner la vie

comme un réveil au coin du lit.

Pour tout bagage on a sa gueule

Devant la glace quand on est seule

Qu'on est été chouette ou tordue

Avec les ans tout est foutu.

Alors s'éparpille le problème

On se dit qu'il n'y a pas d'âge pour qui s'aime

Et en cherchant son coeur d'enfant

On découvre qu'au aura toujours 19 ans !!!

CRESCENDO

Les première notes... les premiers mots... les premières vedettes. "Ce sont vos pianos mécaniques..." et pour "reprêter vie" à ces pianos, un artiste vraiment personnel. Claude Léveillée !

J'ai entendu Claude Léveillé; je l'ai écouté; j'ai essayé de le comprendre et c'est ce crescendo que je veux reprendre ici.

Claude Léveillée, c'est d'abord le mystère d'une vie tout livrée à la poésie et à la musique, une vie tout d'intériorité. Son premier thème, c'est celui de la solitude et il trouve pour le traduire des accents profondéments humains:

Comme guitare à la corde cassée...

Ainsi mon coeur de ma mie éloignée...

Tu ne sauras jamais, chère Marie-Rose

Ce que j'ai enduré tout seul dans le noir, sur le pont...

Sur des paroles de Rémilland, de Clémence Desrochers, de Gilles Vigneault surtout,une musique tantôt passionnée, tantôt détendue, toujours étonnante de sincérité.

Passer de la vie à trépas

Sans qu'on entende un bruit de pas

C'est dans un climat d'intimité que Léveillée évolue.

Ne dis rien, on se croirait tout seul au monde

Ne dis rien, il y a toi et moi et ça suffit

L'amour vit entre deux âmes peu importent les saisons: tantôt chaste et pur dans des îles au mois de mai, tantôt sous un ciel d'hiver par les nuits de haute rafale, dans des marais inconnus des dieux.

Claude Léveillée, c'est un artiste dans le plein sens du mot. Il a un style vraiment personnel, une puissance créatrice qui le rapproche d'un Saint-Denys Garneau, d'un Nelligan, d'un Chopin. Il a le mérite d'être lui-même de vivre l'aventure artistique avec toute l'ardeur d'un engagé.

La poésie est soif et faim, pain et vin.

AIMER

Aimer, m'ais c'est jaillir hors de son étroitesse, comme un bourgeon soudain éclate en rose.

Aimer, c'est flamboyer de joie à travers sa tristesse, son âme à pleines mains pour féconder le monde.

Aimer, c'est être bon, c'est se mettre à genoux devant toutes souffrances et toutes plaines immondes; c'est élargir son coeur pour en donner à tous.

Aimer, mais c'est chanter comme un ruisseau sur la grève et les bois infinis!.

Aimer, mais c'est donner, donner tout ce qu'on a, donner tout ce qu'on rêve, savoir tout oublier comme tout pardonner.

Aimer, mais c'est avoir de l'âme jusqu'aux moelles, c'est avoir des désirs, des soifs de vérité, des élans vers l'azur, des cris vers les étoiles. C'est métamorphoser la laideur en beauté, les blasphèmes de l'homme en hosannas sublimes.

Aimer, mais c'est vouloir éteindre l'univers, c'est avoir des désirs de courir sur les cimes et de plonger son corps parmi les sapins verts, de crier jusqu'au ciel le cri des entrailles et de monter toujours vers l'aurore, pareil à l'oiseau matinal qui jaillit des broussailles pour prendre sa gorgée à même le soleil !

Aimer c'est l'occasion unique de mûrir, de prendre forme, de devenir soi-même un monde pour l'amour de l'être aimé. C'est une haute exigence, une ambition sans limite qui fait de celui qui aime un élu qu'appelle le large.

Tu n'as rien compris...

S'il te faut des trains pour fuir vers l'aventure

Ou des blancs marins qui puissent t'amener

Chercher le soleil à mettre dans tes yeux

Chercher des chansons que tu puisses chanter

Mors s'il te faut l'aurore pour croire au lendemain

Pour retrouver l'esoir qui t'a glissé entre les mains

Pour retrouver les mains que tu as quittées.

Si la poésie pour toi n'es plus qu'un jeu

Si toute ta vie n'est qu'un vieillissement

Si t'as besoin de saouler tes remords

Alors viens vers moi, vers les mains qui t'attendent

Ces mêmes mains que tu as quittées jadis

Tes faiblesses te rendront plus fort

Et tu connaîtras le goût de vivre et d'aimer

Mais s'il te faut des trains pour fuir vers l'aventure

Alors... tu n'as rien compris...

A TON REGARD

Dans ses yeux je lis encore

la tristesse d'un départ

Sur ses lèvres git épars

les vestiges d'un amour hagard

A son passage sur la rue

dans mes rêves, dans les rues

mon coeur palpite, puis déçu

se referme sur l'inconnu

 

Son regard s'infiltre en moi

comme la douceur d'une riche soie

Mes lèvres s'accrochent sans loi

à ce regard pourtant si froid

Hier tu m'aimais si fort

et soudain, sans un effort

tout s'écroule... et je cherche,

je cherche en vain les mots

pour te retenir auprès de moi.

LES AMOUREUX

Sur ma guitare

J'ai composé mes poèmes,

J'ai composé l'air que tu aimes,

L'air qui nous mène,

L'air qui me dit si vraiment toi tu m'aimes.

 

Là-bas des amoureux

Que veux-tu ils sont heureux

Heureux sans sourire

Heureux sans se dire

Nous sommes heureux

Les amoureux.

TRISTESSE

Adieu tristesse

Bonjour tristesse

Tu es inscrite dans les lignes du plafond

Tu es inscrite dans les yeux que j'aime

Tu n'es pas tout à fait la misère

Car les lèvres les plus pauvres te denondent

Par un sourire

Bonjour tristesse

Amour des coups aimables

Puissance de l'amour

Dont l'amabilité surgit

Comme un monstre sans corps

Tête désappointée

Tristesse beau visage.

LA MER

Je n'oublierai jamais ta Majesté ni tes splendeurs

Et longtemps, longtemps en moi j'entendrai

Ton lourd bruissement aux heures du soir

 

Je retournerai vers la grande et douce mère

Mère et amante des hommes, la mer

Je retournerai vers elle, moi et aucun autre

Tout contre elle, l'embrasseai et me fondrai en elle.

QUEL RÊVE

(j'étais sorti avec un garçon qui n'avait que le désir de "coucher avec moi" alors que je n'étais pas du tout dans le même esprit. Lors d'une balade en auto, il m'a laissé sur le bord de la route dans une région éloignée de Montréal - du moins à pied - en me disant: tu couches ou tu marches. Le soir venu j'ai composé ce petit texte...)

Si tu veux, une nuit nous partirons

Tous les deux ni jupon ni caleçon

T'en fais pas moi je suis bon garçon

J'ai pas envi de voir tes tetons

 

Si l'on peut l'on prendra l'avion