Your Funeral and my Trial (Blues)

La finitude

Pourquoi avoir peur de la mort, c'est sur cette terre et dans notre vie que nous subissons les pires soucis !!!

Il m'apparaît comme une suite logique de parler de la mort après avoir parlé de la vie.  L'un ne va pas sans l'autre.  La mort nous concerne autant que la vie et c'est un sujet où les discussions peuvent s'éterniser et où il n'y a jamais de réponses toutes faites.  Le seul fait indéniable est que tout le monde est confronté un jour ou l'autre à cette douloureuse éventualité que ce soit la mort des êtres chers ou notre propre mort.

Il y a bien sûr les deuils "physiques" mais avant je veux parler d'une autre forme de deuil, celui qui se fait de façon presque quotidienne et qui font partie de l'évolution normale d'une vie.  Il n'en reste pas moins que ces petits deuils "émotifs" sont éprouvants.  D'ailleurs le mot deuil, qui vient du latin dolere signifie souffrir.  Qui n'a pas souffert un jour de la perte de quelque chose, comme un travail, une amitié ou le départ d'un être cher sans que ce soit nécessairement lié à la mort.

On n'a qu'à se souvenir de la perte de nos amitiés lorsque confronté à un déménagement quand nous étions enfants.  Ou à se remémorer les deuils reliés au travail que ce soit pour une promotion non obtenue, le départ même volontaire de notre part ou plus carrément le congédiement.  Il y a aussi les départs plus ou moins temporaires de nos proches pour une ville ou un pays étranger...  

Ce sont des "deuils préparatoires" aux vrais deuils plus profonds.

Il y a la perte d'un animal aussi.  C'est un vrai deuil pour tous ceux et celles qui en possèdent et quoique primaire, cette mort n'en n'est pas moins douloureuse.  Ce n'est pas parce que c'est un animal qu'on ne ressent rien.  En ce qui me concerne, j'ai dû faire euthanasier notre fidèle compagnon.  On lui a donné la mort à défaut de pouvoir soigner son coma diabétique.  Le pauvre animal subissait une décision qu'il ne pouvait pas prendre, évidemment.  Mais c'est tout de même pénible d'avoir à subir ce deuil mais il y a pire...

La mort, quelle soit brusque et spontanée (accident ou crise cardiaque) ou insidieuse et lente (cancer) c'est toujours une réalité incontournable de notre vie.

La mort de ma belle-mère fut une mort rapide et non prévisible.  Une mort dont tout  le monde rêve:  un léger malaise qui nous laisse supposer qu'on digère mal et quand la "crampe" s'amplifie, il est déjà trop tard.  La crise cardiaque vous a terrassé.  C'est ce qu'elle a toujours voulu et c'est ce qu'elle a eu.  Mais pour les proches c'est tout un choc.  Un choc qu'il est parfois difficile à surmonter puisqu'on n'a pas eu le temps de voir venir.  On le vit tout d'un trait après la perte de l'être cher.  C'est certain qu'une mort aussi rapide peut s'avérer l'idéal pour celui qui meure mais est-ce la meilleure manière pour ceux qui restent ?

Une mort lente comme celle de mon père (cancer) laisse un goût amer d'injustice et de souffrances inutiles.  Par contre, elle nous a permis d'amorcer notre deuil avant même qu'il ne s'éteigne.  Si ce fut difficile à certains égards, il n'en reste pas moins que sa mort nous a permis de "vivre" intensément ses derniers jours.  Le "temps alloué" nous a permis en quelque sorte de "régler les affaires restées en suspens".  J'ai pu lui dire mon amour, pardonner certaines de ses erreurs, faire amende honorable aux miennes et enfin lui faire mes adieux en exprimant ma tristesse de le voir partir mais aussi en le rassurant sur ce qu'il nous avait léguer en tant que père.  En plus des paroles, il y a les gestes que l'on peut faire pour lui.  Ça ne réduit pas la souffrance mais ça nous enlève un paquet de culpabilité.  Papa, malgré lui, nous a donné cette opportunité.  Il faut dire que lui-même "vivait" cette période avec une certaine sérénité qui nous a permis de le faire.

Paradoxalement, celle de maman fut tout autre.  Tout comme leur personnalité d'ailleurs.  Comment ne pas se sentir coupable et vulnérable devant le suicide d'une mère ?  On peut difficilement admettre que notre mère n'ait pas été heureuse auprès de nous et que surtout on n'est pas arrivé à enrayer son mal-être.  Pourtant j'ai lu et relu divers articles au sujet des suicides et plusieurs s'accordent à dire qu'il faut laisser au suicidé la responsabilité de son acte.  Le suicidé n'est pas automatiquement un être mentalement atteint qui a perdu l'esprit.  Bien au contraire, il faut un certain courage pour se supprimer.  La mort volontaire n'est certainement pas un geste facile surtout que selon le moyen employé on peut allonger terriblement sa souffrance.  Ce n'est pas non plus un geste impulsif.  C'est un acte réfléchi et planifié bien souvent.

Mes lectures m'ont amenés à me poser bien des questions.  Toutes n'ont pas trouvé de réponses évidemment.  Mais quelque soit les raisons personnelles pour en arriver à un tel acte, il remet en questions beaucoup de théories.  Outre la culpabilité omniprésente chez ceux qui restent, je m'interroge sur le côté répréhensif de l'acte car certaines cultures insistent beaucoup sur l'aspect patriotique ou sociologique de la chose.  On n'a qu'à penser aux japonais qui se font Hara-Kiri.  Pourquoi est-ce considérer comme héroïque chez certains et dégradant chez d'autres.

Je me permets ici un aparté à mon monologue pour exprimer mieux ma pensée.  Le 1er octobre 1998, Pauline Julien s'est suicidée à l'âge de 70 ans.  Pourquoi ?  parce qu'elle ne voulait plus vivre son enfer.  Elle souffrait depuis les dernières années, d'aphasie dégénérative, une maladie progressive très rare et incurable.  Cette maladie est une perturbation du langage oral ou écrit qui affectait sa mémoire, sa motricité et sa parole.  Alors tout le monde s'entend pour dire qu'il était normal pour une chanteuse de sa trempe de se suicider alors qu'elle était si handicapée.  Ses proches et ses amis s'entendent pour dire qu'ils sont fiers de son courage, de sa bravoure et qu'ils sont soulagés car, pour elle, la vie était depuis quelques années invivable.  

Mais, pourquoi la déchéance physique nous apparaît être un motif raisonnable pour en finir et non la dégradation pur et simple du moral des gens ?  Pourquoi le mal-être intérieur, le cancer de l'âme serait-il moins important, à nos yeux de soi-disant bien-portants, que celui qui souffre de se voir diminué physiquement ?  Parce que l'on peut "voir" cette déchéance, elle nous semble alors "raisonnable" ?  À l'inverse, ce qui est à l'intérieur de nous devrait rester caché...  mais pourquoi ?  parce que c'est laid ?  Faut croire que oui, puisqu'on ne permet pas à quelqu'un qui souffre moralement de s'enlever la vie.  Quelle aberration !  La souffrance "visible" est plus acceptable que la souffrance "intérieure" ?  De quel droit pouvons-nous penser ainsi...

"Maman, je commence enfin à me réconcilier avec ton geste et j'y trouve de plus en plus de la compassion à ton égard.  Trop tard... mais de là=haut, je suis certaine que tu m'entends.  Pardonne-moi... même si moi j'ai beaucoup de difficulté à te pardonner..."

Tout le monde veut réussir sa mort... comme on essaie de réussir sa vie.  Peut-être que certaines personnes ont-elles plus de courage de réussir leur sortie !  sauf que...

Le geste du suicidé peut être héroïque ou démoniaque, il n'en reste pas moins qu'il est quelque peu égoïste.  Il ne tient pas compte des gens qu'on laisse derrière et de leurs difficultés à comprendre notre geste.  Il en résulte une très grande tristesse, un constat d'impuissance et de l'agressivité envers la personne qui part en laissant un tel poids de peine et de regret sans compter cette maudite culpabilité.  Car quand une personne se suicide, c'est comme s'il accusait son entourage sans dire un mot.  Cette mort résonne comme un reproche, parce qu'on cherche toujours le pourquoi du geste.

Comme les recherches sur le sujet tente à démontrer qu'il pourrait y avoir une certaine part d'hérédité et qu'on n'est pas certain de notre patrimoine génétique, j'aimerais bien être en mesure de faire mieux si jamais l'idée du suicide me venait...  mais chose certaine, je ne serai plus là pour vérifier si j'ai bien agit, alors aussi bien m'abstenir.

Non, j'aimerais, si je pouvais décider, mourir d'une maladie incurable.  J'aimerais donc avoir la capacité de faire comme mon père.  Je ne suis guère pessimiste en disant cela mais un peu égoïste.  Car pour partir comme du monde, je vais avoir besoin des autres.  J'aurai le sentiment d'être récompensée pour toutes les fois où j'ai pu rendre service et surtout, peut-être que je me sentirai plus en confiance pour ce qui va venir après.  J'espère seulement que ceux qui vont m'aider trouverons une certaine satisfaction comme moi j'en ai trouvé dans la mort de mon père.  Oh, on ne voit pas ça immédiatement mais avec le temps on comprend ça.  J'aimerais aussi pouvoir rendre aux miens cette ultime preuve d'amour.  Car s'en est une, et une toute une...  pouvoir permettre aux siens de se préparer lentement à notre départ en leur donnant la chance, car s'en est une, croyez-moi, de dire ce qui n'aura pas encore été dit ou tout simplement se les remémorer.

Pour terminer, j'aimerais ajouter qu'il y a une autre sorte de mort que je n'ai pas vécue et que je ne voudrais pas vivre mais dont j'ai été témoin.  Quand mon père est décédé, son père vivait encore; il avait 90 ans.  Le père a donc enterré son fils.  Je pense que ça doit être la pire des mortalités.  Que Dieu m'en préserve ! (août 2000)

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